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2yeux2oreilles - Page 143

  • Un baiser de papier

    Nous sortons de mon restaurant japonais préféré, celui ou je me sens comme chez moi et que je voulais lui faire découvrir, anxieuse de connaître son avis.

    "Tu sais, quand tu m'as dit que tu connaissais un bon restaurant japonais, j'ai eu des doutes parce que tu es française", avait-il avoué lors du repas. Et il avait ajouté : "Mais c'est vraiment un très bon restaurant japonais".

    Dans le métro, juste après les portiques, au moment de nous séparer, il me demande, avec un sourire énigmatique : "Ferme les yeux".

    J'obéis et déjà sur mon visage se dessine le sourire d'une petite fille dont les yeux bientôt vont s'ouvrir sur une surprise. Je sais que l'homme qui me fait face ne va pas m'embrasser. Ou alors, d'un baiser chaste, sur le front, par exemple ?

    "Ouvre les mains", dit-il.

    Je joins mes mains ouvertes. Déjà, mon coeur bat plus vite. Un souffle léger comme une plume tombe au creux de mes mains.

    "Tu peux ouvrir les yeux", dit-il. Je vois son sourire, son crâne nu, je baisse les yeux.

    Au creux de mes mains jointes, un oiseau de papier s'est délicatement posé.

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    "C'est un origami ? C'est toi qui l'a fait ?" demandai-je.

    "Oui, c'est un petit grue", répond-il doucement.

    J'ai délicatement pris le fragile oiseau entre mes doigts, l'ai rangé dans mon sac en prenant soin de ne pas l'abîmer.

    Posée sur la commode face à mon lit, la petite grue de papier rouge et blanc veille désormais sur mes nuits. C'est un des plus jolis cadeaux qu'on m'ait faits.

    ["Ori-tsuru", la petite grue en papier, symboliserait la longévité et la paix, en raison d'une jeune fille japonaise appelée Sadako Sasaki. Vous pouvez lire son histoire et apprendre comment réaliser un Ori-tsuru ici]  

     

  • Au marché de Bretenoux

    Quand je débarque dans un endroit inconnu, j’aime tâter le pouls de la ville en arpentant son marché. J'erre lentement dans les allées, m'arrêtant devant chaque étal. Le marché de Bretenoux prend ses aises sur une place flanquée de belles maisons du pays à colombages, à la pierre un peu jaune. Premier arrêt chez un maraîcher où je ne résiste pas à un superbe bouquet de basilic au parfum puissant. Je m'étonne des feuilles violacées. "Production de Madame", précise le jovial marchand. Plus loin, un jeune homme élancé m'invite à essayer ses noix. Il m'assure qu'on peut en tirer les actifs au moins 3 fois, à condition de les utiliser à basse température. Je repars avec un kilo de ces noix de lavage.

    Tandis qu'O. fait la queue au fromager, il me lance "Tiens, ben occupe toi du pinard". Quelle bonne idée ! Il y a justement un beau viticulteur aux yeux bleus, juste en face, qui m'apprend que les bains de Bordeaux sont parfaits pour la peau. Je me demande bien pourquoi il me parle de ça. Tandis que nous dégustons blanc, rosé et rouges (dans cet ordre) accompagnées d'un quignon de pain et de comté fruité, il nous demande d'où nous sommes et me dit que justement, un de ses amis l'a invité à venir faire le marché dans ma ville. Un couple d'anglais s'arrête aussi et nous tapons la discute.

    Nous repartons les bras chargés de charcuterie, terrines, pâtés divers et légumes parfumés.Lorsque nous arrivons à la maison,la maman de O. pétrit un pâton etquelques instants plus tard, une belle odeur acidulée de tarte aux prunes en train de caraméliser dans le four emplit la maison....

     

  • La gourmandise est un joli défaut

    Dédicace à M. et Incompréhensions ... ;)

     

    Que c'est bon d'être demoiselle
    Car le soir dans mon petit lit
    Quand l'étoile Vénus étincelle
    Quand doucement tombe la nuit

    Je m' fais sucer la friandise
    Je m' fais caresser le gardon
    Je m' fais empeser la chemise
    Je m' fais picorer le bonbon

    Je m' fais frotter la péninsule
    Je m' fais béliner le joyau
    Je m' fais remplir le vestibule
    Je m' fais ramoner l'abricot

    Je m' fais farcir la mottelette
    Je m' fais couvrir le rigondonne
    Je m' fais gonfler la mouflette
    Je m' fais donner le picotin

    Je m' fais laminer l'écrevisse
    Je m' fais foyer le cœur fendu
    Je m' fais tailler la pelisse
    Je m' fais planter le mont velu

    Je m' fais briquer le casse-noisettes
    Je m' fais mamourer le bibelot
    Je m' fais sabrer la sucette
    Je m' fais reluire le berlingot

    Je m' fais gauler la mignardise
    Je m' fais rafraîchir le tison
    Je m' fais grossir la cerise
    Je m' fais nourrir le hérisson

    Je m' fais chevaucher la chosette
    je m' fais chatouiller le bijou
    Je m' fais bricoler la cliquette
    Je m' fais gâter le matou

    Et vous me demanderez peut-être
    Ce que je fais le jour durant
    Oh! cela tient en peu de lettres
    Le jour , je baise, tout simplement.

    Paroles: Colette Renard.

    Musique: G.Breton & Raymond Legrand 1963

     

  • Saugrenu

    « Tu vis comme un homme et ça me rend triste ».

    J’éclate de rire et demande « c’est quoi, maman, vivre comme un homme ? ».

    Elle s' explique. J'ai envie de lui dire que c'est le plus beau compliment qu’elle m’ait jamais fait mais les larmes dans ses yeux m’en dissuadent.  

    On dit qu’une mère connaît son enfant mieux que quiconque. Suis-je la seule à vivre un tel malentendu ?

  • Promenons-nous dans la vie

    Lu chez Zamomi :

    "Ne demande jamais ton chemin à quelqu'un qui le connaît car tu ne pourras pas t'égarer"

    Rabbi Nahman de Braslav (1772-1811)