Les compagnies El Al et American Airlines ont disparu, la Brioche Dorée aussi. Très en avance (ça vous en bouche un coin, hein ?), j’ai siroté un smoothie à la mangue au comptoir tout neuf de Zumo en me repassant la liste des liquides présents dans mon bagage à main (ben oui, je ne voyage pratiquement jamais avec des bagages enregistrés - vieille habitude gardée de mes années GP). Je vous le rapelle : désormais, pas plus de 100 ml à la fois, sauf produits achetés en duty-free …
Shampoing, ok, gel douche, ok, dentifrice, ok, crème sol …. Ma crème solaire toute neuve achetée la veille !! J’ouvre le sac, vérifie : 200 ml. Et merde !
La crème solaire me monte au nez. Je vais encore devoir laisser mon bidon même pas ouvert à la sécurité. Qu’est ce que ça me gonfle ces conneries !! Dans cette affaire, les seuls à se frotter les mains, ce sont les boutiques sous-douane ! Fini la bouteille de pinard d’un petit producteur à faire découvrir aux copains exilés ! 3 tonnes de produits confisqués - et détruits - chaque jour pour le seul aéroport de Francfort ! Si ça c’est écologique !
Je suis bien placée pour savoir que ce sont des conneries. Dans une autre vie, j’ai précisément été agent de sécurité à Roissy et Orly. Un de mes proches - très proche - était démineur. Ces mesures sont avant tout dissuasives.
Transiter par les US est d’ailleurs devenu insupportable, et pas seulement à cause des odeurs de pieds aux filtres de sécurité. A Dallas où j’étais en transit, j’ai eu la surprise de devoir récupérer mes bagages enregistrés et procéder à un nouvel enregistrement (et rater mon vol !!!!)En plus, là-bas, ils confisquent même les produits liquides achetés dans les duty-free européens …
Ce jour-là, donc, je fulmine. Ah non, ça ne va pas se passer comme ça ! Je réfléchis vite fait à un moyen pour que mon flacon passe inaperçu. Et je trouve. Qui ne tente rien n’a rien, hein ? Au moment du passage aux X-ray, je scrute le visage du jeune homme qui a les yeux rivés sur l’écran. Coup de bol, au moment où le tapis roulant avale mon sac, il se retourne quelques secondes et tape dans la main d’un de ses collègues. Vu, pas vu ???
Une femme s’avance vers moi : « Madame, s’il vous plaît, votre sac ». Je boude déjà mais elle désigne mon sac à main, pas celui qui contient le bidon interdit !
Soudain très coopérative, j’ouvre mon sac, en sort mon brumisateur et rétorque d’un air triomphant : 75 ml !
« Ok, merci Madame et bon voyage ».
Je la remercie aussi, récupère mes sacs, me retourne et me retiens de crier :
« Vous vous êtes fait niquer- heu ! »
PS : Le meilleur c’est que j’ai aussi ramené mon bidon de crème d’Espagne !
Je suis debout sous les néons blafards d’une station de la ligne 13. Sur le quai opposé, dans un wagon aux couleurs d’acier qui file vers le sud, tu me regardes. Tes dents blanches apparaissent et me décochent un sourire lumineux auquel je répond.
