Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

2yeux2oreilles - Page 144

  • Pollux

    pollux.jpgIl y a 2 semaines, à mon retour d’Espagne, j’annonce à mes collègues au déjeuner : « Tiens, j’ai eu des nouvelles de J. Il s’est blessé ». L., mon gentil collègue, demande « Il s’est blessé ?? Qu’est ce qu’il a encore foutu ? » Et là, je ne sais pas ce qui me prend, je me souviens d’une conversation franchement hilarante, il y a quelques semaines, sur le rasage des couilles et je réponds : « Ben, il s’est rasé. ».

    L. a failli s’étrangler. « Tu déconnes ? »

    « Non, pas du tout, il a voulu suivre mes conseils la mode mais il a ripé sur une bosse ». La tête des copains ! Silence de mort tout à coup autour de l’andouillette grillée.

    Quand J. s’est pointé une semaine plus tard et qu’il a dit qu’il n’arrivait plus à marcher, les autres regardaient leurs pompes, souffrant au plus profond de leur chair. Et lorsqu’au déjeuner, il a expliqué qu’il s’était fait un claquage en voulant reprendre le jogging après 15 ans d’abstinence, tous les regards se sont tournés vers moi.

    Depuis, pas un déjeuner sans qu’on lui demande des nouvelles de Pollux.

    Au moment de terminer cette note, j’ai étais prise d’une crise de fou rire en imaginant sa tête ce soir en la lisant. Je viens de l’appeler mais tout ce qu’il a pu entendre au bout du fil, c’était un bruit de chambre à air qui se dégonfle (c'est à peu près le bruit que je fais quand je ris, très communicatif, semble-t-il).

    Hoquetant et pleurant - de rire -, je n’ai pu que lâcher : »Tu vas me haïr ce soir » avant de raccrocher et de sécher mes larmes. Ca va être ma fête demain matin …

     

  • Si je t'aime, prends garde à toi !

    J’envoie un sms à mon coloc’ : « Je ne dors pas à la maison ». « Moi non plus » répond-il.

    « Tiens, il a refait le trajet en sens inverse » me dis-je à moi-même.

    Ami (e)  lecteur(trice), si chaque lundi soir, tu croises sur la ligne de bus 126 un beau trentenaire en costard cravate, des valises à la main, c’est mon coloc’. Sa meuf le fout dehors à peu près toutes les semaines. 

    J’exagère ? A peine.

     

  • Coup de pompe

    chaussures.jpgOn est cons, c’est Nicolas qui le dit. Ce billet est donc désespérément inintéressant et ne fera rire que ceux qui s'intéressent à mes acrobaties à vélo.  

    Ca vous est sûrement arrivé de croiser une chaussure abandonnée sur le bord de la chaussée et de vous demander comment elle était arrivée là. A moi, ça m’est arrivé plusieurs fois de m’interroger sur ce mystère, jusqu’à mardi dernier.

    Après une dure journée de labeur, j’ai quitté la banlieue où je travaille pour gravir la pente qui mène jusqu’aux maréchaux. A cet endroit, qui est sans doute le plus dangereux de mon parcours, je quitte la voie de bus, à droite de la chaussée, pour m’engager sur un autopont. Je coupe donc la route, pour quelques secondes, aux véhicules qui descendent –très vite, absence de feux oblige - vers Paris.

    Chaque jour, à cet endroit, je dois donc opérer une accélération instantanée. C’est encore plus dangereux l’hiver, quand la nuit est tombée.  Ca fait maintenant 2 ans que je le fais quotidiennement mais n’empêche, je n’aime pas ce moment.

    Mardi dernier, donc, je jette un regard en arrière et vois un troupeau de bus, voitures et fourgonnettes foncer dans ma direction. Je mets un bon coup de pédale, comme d’habitude,  pour rejoindre l’autopont avant qu’ils n’arrivent à ma hauteur. Coup de pédale si vigoureux que j’en perds ma ballerine ! J’ai hésité quelques secondes, mais impossible de m’arrêter à cet endroit, ni même de faire demi-tour. J’ai donc attaqué la côte avec un pied nu et fini le trajet  avec les chaussures à talon que j’enfile chaque jour en arrivant au travail.

    Le lendemain, je suis passée à côté de ma ballerine éclatée sur la chaussée. Cuir malaxé, boucle en métal pliée, elle ne ressemblait plus à rien. La prochaine fois que vous passerez à côté d'une chaussure éventrée, c'est peut-être la mienne !

     

    [photo rue Boulard, Paris 14ème]

  • Perdu ?

    J'ai le nez sur mon écran. Ma quinqua m'interpelle : "Vous avez vu le beau blond derrière ?". Je tourne la tête à droite, pas de beau blond mais un black en costume dans la rue intérieure. "Ou ça?" "Non, il est pas blond ...mais il est pas mal" Je regarde mieux. Grand, élancé, très classe avec ses lunettes branchées sur le nez. L'espace d'une seconde, je crois voir un autre homme. Mais celui de mes souvenirs, s'il était au moins aussi beau, était plus massif. 

    J'appelle l'accueil :"C'est qui le beau black qui est dans la rue intérieure ?" Elle éclate de rire, en même temps que mes collègues. "Je ne sais pas ..." "Il vient vers toi?" "Non, il se dirige vers J." "OK, bon s'il est perdu, je peux l'accompagner dans les étages ..."

    Quelques instants plus tard, mon autre quinqua m'appelle et me charrie. Confirme que le garçon était pas mal. Elle est pas très friande d'exotisme, ma quinqua. Le beau garçon a un prénom slave et travaille pour une boîte d'informatique. Tant qu'on y est, elle me donne aussi son nom et sa date de naissance. Un sagittaire ... La journée commence bien.

  • L'enfant aux yeux de faon

    Lorsqu'elles m'ont rejointe, aux premières heures de la journée, nous avons nagé. Des trucs de gosses que je n'avais pas fait depuis longtemps, le poirirer, et puis jouer à chat sous l'eau, ou encore lancer un objet, plonger sous l'eau et être la première à le retrouver. J'ai hésité à m'élancer, faire un poirier au bord de l'eau et me laisser tomber dedans. Une vraie gamine ! J'ai surtout eu peur qu'elles m'mitent et qu'il y ait un accident. Les 3 frangines ont voulu que je leur apprenne à plonger. S. a même dû me réprimander gentiment et me demander d'éviter de faire la bombe. Ici, en Andalousie, l'eau est précieuse.

    Et puis, alors que je m'étais réfugiée à l'ombre avec un livre, Y., la plus jeune, a crié. Je l'ai consolée quelques instants, suis retourné lire mais au lieu de rejoindre ses soeurs dans l'eau, elle a couru se réfugier sous un palmier et a redoublé de pleurs.

    Je l'observe quelques instants, hésitant. Je ne les connais que depuis la veille au soir mais je ne peux pas laisser une petite fille pleurer seule sous un arbre. Je la rejoins, pose ma peau sur le béton et laisse échapper un cri "Ouille, mais c'est bouillant là-dessus ! Ca ne te brûle pas les fesses ?"

    Elle hoche la tête. Je la console, elle renifle, la tête baissée et les bras resserés autour de son corps si frêle.  Je soulève ses longs cheveux bouclés, effleure sa nuque endolorie. Elle tressaille et ne bouge plus, comme un chaton qui attend les caresses. Ses cheveux de jais brillent et sentent bon la vanille sous la chaleur du soleil. "J'ai mal", dit-elle. Alors, je me rapproche et hésitante, un peu gauche, la prend dans mes bras. Elle s'abandonne et nous restons de longues minutes comme ça, l'une contre l'autre, sa peau brune si fraîche contre ma peau blanche et chaude, son petit corps gracile et sec contre mes rondeurs, mes cheveux blond-roux posés sur sa tignasse de jais. C'est bon et douloureux à la fois. Et puis, dans un souffle, Y. lâche "Je suis triste que tu partes ce soir. On s'amusait bien."   

    J'ai connu une petite fille comme Y. Elle portait de jolies robes, avait un regard malicieux et me caressait les cheveux, timidement. A cette époque là, j'adorais les bébés. Ou plutôt j'adorais en tenir un contre moi. Il ya beaucoup de bébés et d'enfants dans les fêtes africaines. On m'en mettait toujours un dans les bras. Il me dévisageait avec curiosité, plongeait ses deux billes noires dans mes yeux verts, triturais mes colliers, agrippais mes cheveux, longs à l'époque. Moi je pinçais doucement ses bonnes joues et caressais ses cheveux crêpus. Dans l'avion aussi, quand je bossais à l'arrière, dans le dos des passagers, j'adorais capter le regard clair d'un bébé irlandais bien joufflu et rose et lui faire des grimaces. Parfois le petit commençait à bondir de joie et les parents, surpris, par les gazoullis de leur enfant, finissait par se retourner et à me prendre en flagrant délit de gagatitude. 

    Je n'ai plus serré d'enfant dans mes bras depuis si longtemps. Même les enfants de mes amis, je joue avec eux, je leur lis des histoires, mais les câlins, je les évite désormais. Il y a deux jours, l'assistante de mon boss, enceinte de quelques semaines, m'a demandé d'un air enjoué : "Alors, tu nous en fais un quand ?" J'ai eu envie de rétorquer : "Qu'est ce que c'est que cette question à la con ?" Et j'ai répondu la même chose, en plus diplomate.  

    Ce matin-là, la joue posée contre les cheveux de Y., je me suis demandée si un jour je serrerai dans mes bras un enfant qui sera le mien, pour quelques années. Un enfant qui ne me ressemblera pas, qui n'aura ni mes taches de rousseur, ni mes yeux verts, ni ma peau blanche. Un enfant qui ne sera pas de mon sang. Une mosaique de tous les hommes que j'ai aimés.  

    Cet enfant m'attend quelque part, je le sais. Il n'aura pas de père mais plein de tontons. Mais aurai-je le courage, seule ? 

    Yambi.jpg