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2yeux2oreilles - Page 69

  • Une soirée à Clonbur

    Au Burke's pub, le WI-FI est ouvert. J'en profite puisque notre B&B n'en est pas équipé (ils l'étaient tous, jusqu'ici).

    En sirotant avec précaution mon Irish coffee, je rate un ami sur msn, échange trois phrases avec un ami qui vit au Mexique sur Skype et répond au sms d'un blogueur que j'affectionne particulièrement. Au milieu d'une conversation virtuelle mais néammoins passionnante, une pinte de Guinness se pose assez brutalement sur ma table. Un homme, le regard un peu vague, s'assied commes'il était chez lui. Damn ! Un Irlandais bourré qui s'invite à ma table !

    En fait, il vient de dehors où il a croisé Boug' qui fumait sa clope et cette garce super copine s'est assez démerdé pour arriver à lui placer que
    1) elle ne parlait pas anglais 2) mais que sa copine à l'intérieur, oui.
    John, puisque c'est son prénom (s'appellent tous John ou Pat, ici, de toute façon, t'as une chance sur deux) a décidé de discuter avec moi et il est plutôt lourdaurd. Comme dit Boug', à côté, Pat the fishman, c'était une crème. Il me confie qu'ici, à Clonbur, la présence féminine fait cruellement défaut. "Vous avez le même problème à Paris ?" demande-t-il. "Non, pas vraiment, à Paris, il y a des milliers de femmes célibataires, tu devrais y aller pour en trouver une  !"

    Boug' revient, ses conneries la font beaucoup rire. J'essaie de nous faire payer un verre de Guinness mais y'a pas moyen. John est lourd et radin. Il veut absolument me montrer son profil Facebook et la française dont il est tombé amoureux. OK.
    Next question : tu es mariée ? Tiens, Boug' a gloussé, quand je vous disais qu'elle faisait de sacrés progrès en anglais. "Et tu es amoureuse ?" "Oh oui !" dis-je avec mon air angélique.

    Joh est collant, du coup je ferme l'ordi mais au bar, il y a un homme très sympa, un gars de Clonbur aussi, et il n'est pas bourré, lui. Il demande le truc habituel, d'où nous venons, où nous allons. Je lui confie mes hésitations à monter jusqu'au comté de Mayo et l'île Achill, ayant abandonné l'idée de pousser jusqu'au Donegal. Il confirme que le Donegal est trop loin pour les deux jours qu'il nous reste et doute de l'intérêt du déplacement jusqu'à l'île d'Achill. "Vous êtes allées sur les îles d'Aran ?"

    Sur une carte du Connemara, Jerry pointe du doigt les routes que nous n'avons pas prises, suivant les instructions de TomTom qui privilégie les grands axes. J'en profite pour confier à Jerry ma déception de n'avoir pas retrouvé "mon" Connemara avec ses moutons en liberté. "Ca dépend des saisons, dit-il. Là il y a plein d'agneaux et les fermiers les protègent". Ah, voilà qui me rassure.
    C'est donc décidé, nous finirons notre séjour dans le Connemara. Et peut-être même nous offrirons nous une une autre nuit chez Kathy et John, sur la Sky Road ...?

  • Autour du lough Corrib (et des détours!)

    Nous voici sur les rives du Lough Corrib et la vue est splendide. Le lac d'un bleu sombre, presque minéral, est troué d'îles de verdure, certaines plantées d'arbres. Des barques apportent des touches de couleur et sur les pentes des collines alentour, des moumoutes beiges broutent dans des enclos de pierre.

    Nous quittons quelques minutes le comté de Galway pour celui de Mayo où se trouve le village de Cong, célèbre et très touristique depuis le tournage de "The Quiet Man" (L'homme tranquille) avec John Wayne et Maureen O'Hara. Pourtant, moi, c'est pour son abbaye en ruines que j'y reviens, et sa balade des plus apaisantes le long de la rivière. En pénétrant sur le site, j'ai une pensée pour l'homme au profil d'aigle, avec lequel j'y étais venue il y a bien longtemps déjà.

    Je suis une femme butée (ça confine même à la bêtise, souvent) et je persiste à essayer de retrouver un B&B dans lequel j'avais passé la nuit, alors, une petite maison isolée, perchée sur un promontoire entre deux lacs. Malheureusement  - ou plutôt heureusement -, dans la région, les lacs ne manquent pas. Nous passons donc deux fois à Cong, deux fois à Clonbur, nous perdons dans une baie fantôme avant de revenir sur les rives du Lough Corrib où poussée par un besoin physiologique de toute urgence, je cours dans le B&B qui a la plus belle vue sur le lac, et ce n'est en aucun cas exagéré. La déco de la chambre est plutôt tristoune mais la vue, top ! Nous sortons nous promener sur le petit chemin qui grimpe et Boug' recommence à taper la discute avec les moutons mais cette fois, les agneaux à tête noire sont curieux et moins farouches, ils s'approchent et nous faisons de belles photos.

    Vers 20h, nous réalisons que nous n'avons rien dans le ventre à part nos trois pancakes du matin et le verre de Guinness de Leenane. Et même pas faim ! Il faut croire que c'est l'ennnui de nos vies parisiennes qui nous pousse à manger car ici, nos sens sont tellement assouvis que notre estomac est muet.

    N'empêche, nous nous attablons dans la salle frisquette du pub-restaurant John J.Burke & Sons à Clonbur où je mange mais sans grand appétit. En revanche, nous savourons beaucoup plus le Bailey's et l'Irish coffee au pub, avec vue sur un intriguant jeune homme coiffé d'un chapeau à fleurs qui lui va à merveille. Il a l'air très français mais parle un anglais parfait avec l'accent irish. Je m'interroge mais ma curiosité restera insatisfaite. Et on n'a pas mangé nos chocolats de Pâques !

  • En route vers Cong

    connemara,irlande,leenane

    Nous rejoignons la Sky Road, mais cette fois sur son versant nord. La lumière est très belle. Une heure de trajet jusqu'à Cong, annonce Bernard (le TomTom de Boug'). Beaucoup de très belles demeures surplombant la mer. Notre première étape c'est le parc national du Connemara, dont l'entrée est libre. Au premier étage du Visitor's centre, une expo sur la faune et la flore environnantes et les nombreuses randonnées. Les familles irlandaises sont nombreuses en cette dernière journée d'un week-end prolongé. "Faut qu'on se trouve nos oeufs en chocolat, aujourd'hui" dis-je. J'entraîne Boug' sur la Bog Road. "Y'a que toi qui arrive à me faire marcher comme ça" dit-elle. "Tu ne vas pas le regretter, je pense que ça vaut le coup". "C'est ce qu'on me dit à chaque fois qu'on veut me faire grimper quelque chose, ajoute-t-elle. Tu verras, ça vaut le coup. Tout est relatif".

    En rejoignant la voiture, nous croisons deux jeunes françaises garées à côté de nous. Quand j'enclenche le contact, " Ferny hill" se met en route. "Oh la la, vous avez même la bande son !" "Je me suis équipée avant de partir, on est dans l'ambiance à fond".

    Nous pénétrons maintenant dans l'enceinte de l'abbaye de Kymemore, à quelques kilomètres de là. On ne peut même plus faire la balade fort agréable que j'avais savourée il y a quelques années, jusqu'à la petite chapelle au bord du lac. Enfin, si, mais il faut payer 12€. Pas très grave, on peut admirer l'abbaye et prendre toutes les photos qu'on veut avant d'arriver au guichet. L'endroit est superbe, et blindé de Français.

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    A Leenane, nous nous arrêtons dans le célèbre pub où furent tournées des scènes de "The filed" de Jim Sheridan. Perfect time for a Guinness. Dans la cheminée en pierre de ce beau pub, la tourbe flambe.

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    Au comptoir, deux types du coin discutent. Ils ont un de ces accents à couper au couteau ! Jamais entendu un truc pareil !

    Pas de pot pour Boug', quand je pars aux toilettes, il essaie de lui taper la causette et chose inespérée, elle comprend qu'il lui demande comment ça va. Encore quelques verres de Guinness et elle sera bilingue, cette petite. Déjà, elle arrive parfaitement à dire "I want two glasses of Guinness" et aussi "I am Valérie, I am french (ça tous les moutons et les vaches de la région le savent, elle s'évertue à se présenter alors qu'ils broutent peinards)

    De retour, je me lève pour regarder les affiches qui parlent du film. Le pépé qui a un oeil qui dit merde à l'autre entreprend la discute. Ca va être coton, je me concentre. Il me demande si j'ai vu le film et m'apprend que le patron du pub est mort il y a une semaine. "He was a good man" soupire-t-il. Bon, s'il est comme moi, il ne pas tarder à chialer dans sa Guinness alors je change de sujet et lui demande si la région est riche en poissons (réponse évidente).

    "Oui, il y a beaucoup de truite et de saumon. Tu aimes la pêche ?" demande-t-il. Est-ce que j'ai une tronche à pêcher, sérieux ?? "Heu non, je m'ennuie (parce que j'ai quand même essayé, ado), je suis trop active mais en revanche, j'adore manger le poisson". Mon bonhomme s'emballe tellement à me parler pêche qu'il se tape une quinte de toux qui me fait craindre un instant de me recevoir un truc sur le visage. Je ne suis pas douillette mais là, limite j'ai des hauts le coeur.

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    Après le salut d'usage, nous reprenons la route qui quitte la côte et s'enfonce maintenant dans le Connemara, celui que j'aime, celui des mottes de tourbe, des lacs et des bruyères. Mais on dirait que mo Connemara a changé. Aujourd'hui des barricades les bordent et même les quelques moutons qui se sont échappés sont devenus disciplinés. Ils dorment sur le bas-côté de la route, alors qu'il y a une dizaine d'années, on les trouvait divaguant en toute liberté. Alors, on patientait tranquillement, on leur parlait, on regardait le paysage. C'était cool.

    A 8 kms de Cong, Boug' s'écrie "Spot sieste !". Je tourne à droite, gare la voiture, me planque derrière un promontoire, laissant Boug' et son bouquin sur un banc, et m'offre une sieste réparatrice, au soleil, avec pour seul bruit le clapotis des vagues. Même les jeunes pêcheurs qui ont planté leurs bottes quelques minutes dans la vase ont préféré s'éloigner et me laisser dormir.

  • Petit déjeuner à la Ardmore House

    Pancakes.jpgCe matin, à 9h35, nous pénétrons dans la salle à manger de la Ardmore House, innondée de soleil. John nous accueille et nous tend le menu. Irish breakfast, oeufs brouillés au saumon fumé, tiens, des pancakes au sirop d'érable, ça nous changera un peu. Le buffet propose plein de choses sympas, en dehors du soda bread maison : des compotes de pommes et rhubarbe, une salade de fruits frais, un plateau de fromages. Chouette choix.

    John nous apporte des assiettes garnies de trois épaisses crêpes, à mi-chemin entre nos bretonnes et les pancakes américains. Arrosé de sirop d'érable, c'est délicieux ! Nous nous régalons. "C'est vous qui les faîtes?" "Non, c'est ma femme Kathy. Moi je ne fais que ce qu'on me dit, vous savez" ajoute-t-il d'un air farceur.

    Vers 11h, nous rendons les clés à Kathy, discutons un moment avec elle. Je relate notre périple, elle raconte l'hiver dernier où il est tombé beaucoup de neige. "Ici, c'est le Gulf stream, nous ne sommes pas habitués à ça. Nous étions bloqués, pas pu faire les courses de Noel, ça nous a fait des économies, en un sens".  Je la complimente sur son superbe B&B, les pancakes "Vous savez, j'ai dû en faire pour mon petit-fils, du coup" et l'accueil particulièrement chaleureux qui nous a été réservé. Je lui confie que nous somes blogueuses et que je mettrai un lien vers leur site internet. Elle prend l'adresse, même si c'est en français et après nous être acquittées de 66€, nous quittons à regret cet endroit magique.

    Alors que nous sommes déjà en voiture, nous apercevons John qui, de la fenêtre du salon, nous fait de grands signes de la main. "Cet endroit aurait bien mérité quelques jours de plus", soupire Boug'.

  • La Sky Road de nuit avec "Changing your demeanour" en stéréo

    Retour du Kings restaurant, à Clifden.

    "Tu prends la haute ou la basse?" demande Boug'. Elle parle de la Sky Road. "La haute, c'est plus sûr, y'a une haie".

    Sur la Sky Road, c'est nuit noire. Mes pleins phares éclairent la route bordée de murets de pierres et de haies d'épineux. A gauche, le gouffre maritime.

    "Quand tu ne vois plus la haie, tu cries", je dis. Boug' se marre, pousse des petits cris apeurés quand on se prend une butte ou qu'elle voit la haie de trop près.

    Je change de chanson et met la n°5, "Changing your demeanour", une de mes préférées. "Ah ben, en plus, elle met la chanson où elle tape dans ses mains" s'écrie Boug', hilare.

    Mais je ne tape pas dans mes mains, quand même. Enfin, juste deux fois, et vite (Boug' vient de contrôler ma note et elle insinue que je mens ! Moiiiiii ???)

    PS : Boug' m'informe qu'elle a filmé le retour. Une vidéo arrivera plus tard mais ne comptez pas sur moi pour en faire la pub (il paraît qu'elle a vu la haie intimement dans ses moindres détails, et même de nuit après un verre de vin blanc, c'est dire).