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2yeux2oreilles - Page 99

  • Où courir à Râmnicu Vâlcea ?

    Avertissement : Ce billet est plutôt un clin d'oeil aux notes que je rédige parfois sur mes expériences de joggings matinaux aux 4 coins de la France et d'ailleurs, et surtout l'occasion d'évoquer le sort des malheureux chiens errants dont les dépouilles peuplent les bas-côtés des routes roumaines.

    Il y a deux jours, j'ai joggé sur un chemin caillouteux, le long de l'Olt, la rivière qui traverse Râmnicu et se jette dans le Danube.  Il suffit de suivre la E81 en direction de Bucarest. A gauche l'Olt et à droite, les vergers des maisons de Rm Vâlcea. Quelques croix de métal sont érigées ça et là à la mémoire de personnes qui se sont noyées. La veille, lorsque Dana m'a montré l'endroit pour que je puisse y revenir seule en voiture le lendemain, nous avions aperçu des promeneurs et même un joggeur mais aujourd'hui, je ne croise personne durant ma course, à part un monsieur au visage tanné par le soleil qui pédale sur son vélo et ne répond pas à mon salut.

    Un peu plus loin, après un ravin boueux, on rejoint des habitations. Je vois se dresser, non sans inquiétude, les oreilles de chiens en faction devant les maisons. Les chiens errants, une plaie en Roumanie, sont les victimes de la politique d'expropriations massives de Ceauşescu. Celui-ci a chassé les paysans de leurs terres et rasé leurs maisons, les parquant dans des barres d'immeubles hideuses et les poussant, par la même occasion, à abandonner leurs chiens. Ceux-ci divaguent sur les routes et dans les villes, finissant généralement sous les roues d'un camion ou d'une voiture. Pour pallier ce problème qui prend une ampleur importante, une campagne de stérilisation des chiennes a été lancée.

    Une meute de 5 ou 6 chiens ne tarde pas à rappliquer vers moi. Je raisonne la petite voix qui susurre « Ils vont te chiquer les mollets, demi-tour, Fiso ! » en me répétant ce que j'ai lu : « Généralement, les chiens n'attaquent pas les humains qu'ils craignent parce qu'ils les battent ». Et en effet, les chiens courent vers moi et aboient mais restent à bonne distance. Plusieurs fois, sur la route, des groupes de chiens se précipitent vers moi. Une seule fois, j'ai dû élever la voix sur un corniaud plus belliqueux que les autres, qui trottinait sur mes talons en jappant furieusement.

    Un peu plus loin, la route goudronnée s'écarte du bord de l'eau. Je cherche en vain une piste de terre dans les bois jonchés de détritus et au sol noirci par les feux que les gens allument lors de pique-niques, le week-end. Ici, on peut encore faire des feux en forêt. Je dois maintenant courir sur une route en direction de ... Méfiante, j'enlève un de mes écouteurs pour ne pas me faire surprendre par les voitures.

     Je continue encore un peu en direction d'un pont mais lorsque je repère une meute de chiens errants paresseusement allongée au soleil, je décide de tourner les talons. Courageuse mais pas téméraire, la Fiso, je n'ai pas envie d'y laisser mes mollets. Je décide de ne plus aller jusqu'aux maisons la prochaine fois. Je ferai des allers-retours au bord de l'eau.  

  • Le salut roumain ?

    Et bien ... ! en rédigeant le billet précédant celui-ci, je ne pensais pas que mon paragraphe sur le sentiment roumain d'être méprisé par d'autres pays, notamment la France, avait été illustré, il y a quelques jours, par un des guignols de Ruquier ...

    En fin de journée, alors que je réponds aux commentateurs de mon blog sur fond sonore de journal télévisé roumain, mon oreille est tout à coup tirée de sa léthargie par des mots dans ma langue maternelle. Je lève les yeux "Hey, Boug' c'est en français !"

    Nous fixons toutes deux l'écran et reconnaissons le plateau télé de Ruquier, son émission à la con que j'éxècre et ne regarde jamais. Un sinistre personnage est affublé d'un jupon criard. Il est question de salut romain, auquel il répond par sa version du salut roumain : il se lève, courbe le dos et plié en deux, tend la main en grimaçant "S'il vous plaît monsieur, madame". Et le public, magnifique troupeau de moutons bêlants, se lève à son tour et imite son geste..

    Edit du 25 avril 2010 : j'avais décidé ne pas insérer cette vidéo dans mon billet, pour ne pas faire de pub à cette émission mais la plupart des Français auxquels j'en parle ne sont pas au courant de ce sketch (ce qui est plutôt bon signe, entre nous). Je l'insère donc pour que vous puissiez juger du degré "d'humour" de M. Lambert :

    Quand on a rencontré des gens comme Dana, Costel, Andreea, Petre, Luminitsa ou Elisabeta, pour ne citer que quelques-uns de ceux qui m'ont accueillie avec chaleur et simplicité, on ne peut qu'être profondément choqué - et honteux - par l'image du peuple français que Ruquier et ses copains prétendent refléter. Ce n'est pas comme cela que j'aime entendre parler de mon pays à l'étranger. 

    Un peu plus tard, au restaurant, Dana découvre à son tour ce sketch puant qui provoque actuellement un scandale en Roumanie.

    Dana nous traduit le gros tittre "Comparati cu cersetorii" (comparés à des mendiants). Lorsque nous nous indignons que, au-delà de ce sketch qui n'est pas drôle, le public tout entier ait renchéri, elle demande "Mais ils sont payés pour ça, non ?".

    Et bien, non, ils ne sont pas payés. Ils sont juste très cons. Je crois qu'au delà de l'auteur de ce sketch, c'est vraiment l'image du public qui se lève à sa suite qui m'écoeure profondément.

    Dana secoue la tête : "Nous sommes habitués".

  • Jour 10 : visite du musée du village

    Aujourd'hui, Dana propose de nous faire visiter le Muzeul Satului (musée du village) qui était fermé lors de mon dernier séjour. C'est un ensemble de maison anciennes ramenées de différents endroits du département de Vâlcea.

    Celui-ci se trouve dans la commune de Bujoreni.

    A l'entrée, devant un portail en bois sculpté similaire à celui qui orne la maison natale de Brâncusi, un jeune homme nous attend; c'est notre guide, Sabin, et il parle parfaitement français.

    Sabin nous apprend que toutes les maisons qui se trouvent sur le terrain que nous visitons ont été démontées, amenées jusque là et entièrement remontées sur place, à l'identique. Seule la tour de guet est à sa place d'origine. Ce type de musée aurait été créé au départ "par orgueil", pour copier des initiatives similiares prises par les Soviétiques et surtout tenter de faire mieux. Aujourd'hui, ces musées qui sont à peu près au nombre de 10, qu'ils soient départementaux ou nationaux, ont vocation à préserver le patrimoine roumain et sont utilisés à des fins pédagogiques.

    Il pleut, le sol est boueux et Sabin nous prévient qu'à son grand regret, nous ne pourrons pénétrer que dans l'école mais pas dans les maisons.

    Nous commençons donc la visite par l'école où dans une grande salle se trouvent des pupitres de bois. Contre un mur, Sabin fait jouer un tableau noir coulissant. A l'autre bout de la pièce, des tuniques traditionnelles sont pendues à un porte-manteaux.

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    Nous ressortons et marchons dans une allée. Sabin explique que le parc a été organisé comme une carte du département. Chaque maison a été placée selon le point cardinal de son origine. On a même reconstruit les maisons des régions montagneuses du Nord à flanc de colline. Le parc contient deux moulins à eau. Nous découvrons un système de poulie permettant de puiser l'eau dans un puits.

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    Plus loin, nous pouvons découvrir, du pas de la porte, un foyer ouvert à l'intérieur d'une maison roumaine traditionnelle. Devant une maison, des totems surmontés de visages humains. Sabin explique que cela est une fantaisie d'un artiste et n'a rien d'une tradition roumaine.

    La pluie crépite sur nos parapluies et je n'ai plus de doute quand à la non-étanchéité de mes chaussures. La balade est très agréable dans la végétation printanière et les pépiements joyeux des oiseaux.

     

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  • Jour 9 : Le dernier palais du couple Ceauşescu

    Aujourd'hui nous conduisons jusqu'à la ville de Băile Olăneşti, une station thermale où nombre de curistes viennent soigner leurs pathologies et se promènent dans les rues de la ville, bidon en plastique à la main.

    Le principal but de notre virée, cependant, n'est pas tant les vertus thermales de Băile Olăneşti que la magnifique propriété qui se dresse au milieu de la forêt, au-dessus du sanatorium.

    Là se trouve, en effet, la dernière propriété que s'est offerte le couple Ceauşescu. Dana nous apprend qu'en parfait mégalo, Ceauşescu s'est fait construire des dizaines de propriétés à travers le pays, dans lesquelles il ne séjournait jamais. Et de fait, nous jouissons ce matin d'un privilège qu'il n'aura pas connu; le palais de Băile Olăneşti devait être son cadeau de Noël  1989, offert par Elena, dont ni l'un ni l'autre ne purent profiter puisqu'ils furent justement fusillés le jour de Noël.

    Nous garons la voiture sur le parking juste avant le portail de bois et faisons quelques pas jusqu'à une guérite où un gardien nous apprend que l'accès au palais est interdit. Nous nous résignons à rebrousser chemin quand Dana, faisant jouer ses relations, nous obtient l'entrée du parc et même la visite guidée du palais. Sur le perron, une jeune femme souriante nous accueille et nous fait pénétrer dans l'entrée principale. Boug' et moi sommes très excitées de visiter un tel endroit mais aussi très frustrées car les photos sont interdites.

    Chaque pièce est habillée d'essences de bois différentes que l'on retrouve sur les boiseries et les parquets marquetés. Des tapis entièrement tissés à la main, dont le motif reprend à l'identique les moulures du plafond, auxquels sont suspendus d'énormes lustres de cristal amenés de Bucarest, recouvrent chaque sol. Le hall d'entrée, relativement sobre en comparaison des autres pièces, est ainsi orné d'un immense tapis de 46 mètres carrés, entièrement tissé à la main.

    Notre guide nous entraîne au sous-sol et nous invite à admirer la pièce entièrement recouverte de mosaïque et abritant une piscine chauffée à 37°C, tout comme le carrelage qui l'entoure. Une rampe en cuivre descend dans le bassin. Dans une salle contiguë, un sauna et un bain à remous sur un sol en céramique blanche et bleue, avec dressing dans lequel est installé un chauffe-peignoirs. Nous pouvons constater que la légende qui prétendait que toute la robinetterie des demeures  de Ceauşescu étaient en or massif est totalement usurpée. 

    Quelques mètres plus loin, après avoir traversé la salle de billard, nous entrons dans la salle de cinéma. Une pièce toute tendue de velours vert et drapée de tentures magnifiques, brodées par les religieuses du monastère de Tismana, que nous avons visité la veille. Les murs sont recouverts de boiseries nobles comme dans chaque pièce du palais.

    Au pied de l'escalier de chêne massif aux rampes en acajou se trouve une fontaine en porcelaine blanche éclairée par un jeu de lumières sur une mosaïque en verre de Murano, oeuvre d'un artiste roumain.

    L'escalier est éclairé de vitraux colorés sur 3 étages et réchauffés de radiateurs enfermés dans des coffrages en bois précieux. Nous visitons d'abord le premier étage où se trouvent les cabinets 1 et 2, respectivement celui de Nicolae et Elena Ceauşescu. Celui de l'ex dictateur, assez sobre, contient un pupitre destiné aux discours qu'il n'a plus eu l'occasion de tenir. Les fauteuils sont recouverts de toile beige et une magnifique cheminée en marbre de Carrare trône. Le cabinet de Madame est entièrement décoré de bois de cerisier et agrémenté d'un tableau de Corneliu Baba. Chaque pièce est décorée d'un tableau unique.

    De l'autre côté du vestibule se trouve le salon puis la salle à manger, aux boiseries en racine de rosier et innombrables lustres de cristal, donnant sur une terrasse en marbre.

    Notre guide nous invite à découvrir, à présent, les 3 appartements de l'étage supérieur.  Le palier du dernier étage de cette demeure est entièrement décoré d'arcades en bois reprenant un style typiquement roumain instauré par le prince Brancoveanu et que l'on retrouve dans les monastères et les anciennes maisons roumaines.

    Tout d'abord, la chambre d'hôtes : un lit imense posé dans une alcôve à baldaquins. De chaque côté, des niches donnent à admirer de magnifiques assiettes délicatement peintes. 

    La pièce suivante est la salle de bains. La niche au-dessus de la baignoire est elle aussi recouverte d'une sublime mosaïque représentant deux nymphes. Devant l'étonnement de Boug' face à la très petite taille de la baignoire, comparé aux surfaces démesurées que nous parcourons, notre guide explique que le couple Ceauşescu craignait l'eau, ce qui explique également le peu de profondeur de la piscine qui n'excède pas 1m40.

    Nous voici à présent dans l'appartement de l'ex-dictateur, beaucoup moins impressionnante, finalement, que la chambre d'hôtes. Toujours les mêmes teintes beiges sur les lits et les tentures, le tapis est coloré de rose saumon et le dressing modeste. Là encore, la mosaïque de la salle de bains, dont les jaunes dorés sont obtenus par l'utilisation de feuilles d'or dans la fabrication du verre, est de toute beauté. Je demande à Dana d'expliquer à notre guide que nous avons un ami mosaïste à Paris qui serait ravi de voir de tels ouvrages.

    Nous terminons la visite par l'appartement d'Elena Ceauşescu. La première pièce abrite une méridienne destiné aux deux chiens du couple,Corbu et Sharona. Dans la chambre d'Elena, le bois de cerisier qui orne les lits, valets, bureaux et chevets est entièrement marqueté du même motif en damiers.  Le plafond a occupé pendant une semaine 7 personnes, à raison de douze heures par jour, pour réaliser un mètre carré de ce gypse sculpté. Elena refusa d'ailleurs leur travail à deux reprises avant d'accepter le troisième modèle, qu'elle voulait parfaitement conforme au motif des coffrages de bois.

    La propriété et les jardins alentours sont parfaitement entretenus car s'il n'est pas ouvert au public, le dernier palais du couple Ceauşescu est régulièrement utilisé pour des réunions de membres du gouvernement.

    En quittant cet endroit si paisible au milieu de la forêt, nous ne pouvons nous empêcher de nous réjouir que celui qui fit couler tant de sang sur le sol roumain n'ait jamais eu l'usufruit de cette propriété luxueuse.

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  • Jour 8 : Rendez-vous avec Petre à Târgu Jiu

    100_4044.JPGAujourd'hui, j'ai rendez-vous avec un de mes collègues de travail, roumain, le hasard ayant voulu qu'il séjourne en même temps que nous en Roumanie et à une centaine de kilomètres de Râmnicu Vâlcea. Lorsque j'avais annoncé à Petre que je retournais en Roumanie en avril, il s'était écrié « On doit se rencontrer là-bas ! ».

    Rendez-vous est pris dimanche pour midi trente dans sa ville, Târgu Jiu. Celle-ci, nichée au bord du Jiu qui lui donne son nom, abrite trois œuvres érigées à ciel ouvert et offertes à la ville par Constantin Brâncuşi, célèbre sculpteur roumain et élève de Rodin qu'il aurait quitté en déclarant « Il ne pousse rien à l'ombre des grands arbres ».

    Après un petit déjeuner ponctué des chants s'élevant de l'église qui se trouve de l'autre côté de l'avenue, nous prenons la route pour Targu Jiu sous un soleil magnifique (23°C au thermomètre). En chemin, nous visitons rapidement le monastère de Govora, un des préférés de Dana.

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    A Târgu Jiu, Petre nous attend au bord de la route, affublé de lunettes de soleil qui protègent ses yeux fatigués d'une nuit passée à faire la fête. Je saute de joie en l'apercevant et lorsque sa femme Daniela, que je ne connais pas, descend de voiture, nous achevons les présentations.

    Petre propose que nous découvrions avec eux les œuvres de Brâncuşi qui s'étalent à travers la ville sur un axe ouest-est commençant sur les rives du Jiu, traversant le parc municipal, continuant sur l'Avenue des Héros pour se terminer dans le parc entourant la Colonne sans fin. Nous commençons la visite par ce monument (en vignette) de près de 30 mètres de haut que les chars allemands et russes auraient tenté, en vain, de détruire pendant la seconde guerre mondiale.

    Nous rejoignons ensuite les rives du Jiu, traversé par un pont métallique « construit par les Français», où trône un ensemble de pierre, La Table du Silence, puis le parc municipal où nous suivons l'Allée des Chaises qui mène à la Porte du Baiser.

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    Petre prend presque plus de photos que nous, il s'en explique en faisant remarquer qu'il est devenu un touriste dans son propre pays. J'ai connu cette expérience aussi et nous convenons qu'on n'aime jamais mieux son pays que quand on en est éloigné.

    Le parc, très fréquenté en ce dimanche, est agréable et parfaitement entretenu. La ville de Târgu Jiu toute entière est d'ailleurs d'une propreté exemplaire grâce à la vigilance du maire. Daniela nous apprend que son vrai prénom est  Luminişa (un très joli prénom à prononcer Louminitsa et qui signifie «petite lumière») mais qu'elle a dû en changer parce que «c'était trop difficile pour les Français».  Elle nous promène dans le centre-ville, très plaisant, pendant que Petre s'absente pour aller chercher sa belle-mère qui veut poursuivre la visite avec nous. Comme dans la plupart des villes roumaines, les maisons anciennes ont été détruites et remplacées par des barres d'immeubles. D'après Dana, on laisserait volontairement les immeubles se dégrader pour les racheter à bas prix.

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    Nous retrouvons Petre sur le parking. De la voiture sort une femme plantureuse aux cheveux rouges et au maquillage improbable. C'est Elisabeta, la maman de  Luminişa, accompagnée de sa fille cadette. Après nous avoir embrassées comme du bon pain, elle me tend une bouteille de Coca-Cola de 2 litres, remplie d'un liquide jaunâtre. « C'est de la ţuika faite maison, pour toi»  dit Petre, hilare.  Nous éclatons tous de rire et Petre traduit ma réponse «Sophie ne boit jamais de Coca-Cola mais celui-là, elle va en boire !».

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    Il est près de 14 heures et Petre nous invite à déjeuner dans un restaurant traditionnel, le « Hanul Domnesc ». L'endroit est meublé de ce bois si chaleureux qu'on retrouve dans de nombreuses auberges roumaines et les pièces du restaurant décorées de costumes traditionnels, instruments de musiques, poteries et artisanat local. Des photos attestent de la splendeur du Târgu Jiu d'antan, avant les destructions. 

    Nous nous installons tous les 7 dans un patio fleuri. Comme souvent, la carte retrace l'histoire de l'auberge et regorge de légendes et anecdotes diverses sur les plats. Sur les conseils de Petre, je choisis un ragoût de bœuf servi dans un pot en céramique, Boug', un chou farci et Dana un plat, très goûteux, qui ressemble étrangement au rougail saucisses réunionnais. Le tout accompagné de l'incontournable mamaliga (polenta roumaine).

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    Le repas est très convivial et je m'amuse d'observer le sourire radieux de ma Boug' qui se fait tripoter la nuque et caresser les cheveux par Elisabeta qui la couvre de câlins. Lorsque nous ressortons du restaurant, Petre pointe du doigt des X5 BMW « Regarde, Sophie, ces pauvres Roumains : ici, une voiture à 70.000 €, là aussi. Il faut dire ça en France parce que tout le monde pense que nous n'avons rien à bouffer ici ». Pour preuve que les Roumains mangent, et bien, Luminişa se désole d'avoir pris 3 kilos en une semaine.  

    J'avais déjà senti à quel point les Roumains sont sensibles à l'image qu'on peut avoir de leur pays. Force est de reconnaître qu'en France, en tout cas, ce sont surtout des préjugés négatifs qui nous viennent en tête lorsqu'on évoque les Roumains et ceux qui vivent en France souffrent d'être assimilés aux gitans. Petre est fier comme Artaban de notre enthousiasme et Luminişa ne cesse de demander si nous aimons son pays. Je la rassure « Tu crois que je serais venue 2 fois en 6 mois si je n'avais pas aimé la Roumanie ? ».

    Après ce festin, nous reprenons les voitures et suivons Petre jusqu'au monastère de Tismana, un des plus anciens de Roumanie, construit au 14èmesiècle. Nous entrons dans le monastère au moment où une messe s'y tient. L'église est bondée car les Roumains sont très croyants. Les élises orthodoxes sont très sombres et par conséquent très intimistes et les fidèles sont debout ou à genoux. De rares chaises sont réservées aux personnes ne pouvant pas rester  debout.  Je me glisse dans un coin, juste à côté d'une vieille religieuse enserrée dans sa longue tenue noire, coiffée d'une sorte de calot noir tenue par un foulard épais, noir lui aussi. Ses joues flasques et rebondies débordent du tissu et se découpent dans l'obscurité de la pièce. A tour de rôle, dans chaque coin de la pièce, des religieuses entonnent des chants liturgiques particulièrement reposants. Nous visitons le petit jardin fleuri et le cimetière où reposent les religieuses.

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    Après m'avoir invité à me désaltérer à une fontaine d'où s'écoule l'eau de la montagne, Petre nous emmène à sa source, près d'une grotte. Elisabeta et Boug' sont toujours collées l'une à l'autre, elles se sont bien trouvées visiblement, ces deux-là, et la barrière de la langue n'en est pas une.  En remontant en voiture avec la carte postale que lui a offert Elisabeta, Boug' écrase une larme. Pour détendre l'atmosphère, je la charrie : « Hey, y'a pas de raison que je sois la seule à chialer ! »

    La dernière étape de notre promenade ensemble se trouve dans le village d'Hobita, à 25 kms au nord de Târgu Jiu.  C'est là que, derrière un portail en bois sculpté de toute beauté, nous découvrons la maison natale du sculpteur Brâncuşi. Au fond d'un jardin verdoyant, une vieille maison roumaine en bois est posée sur un socle de pierres blanches. La propriété a été conservée en l'état et se promener dans le jardin entre le puits et les cabanes attenantes est un voyage dans le temps très reposant.

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    Il est l'heure de se séparer et Elisabeta nous rebige comme du bon pain en nous demandant de revenir en Roumanie, chez elle. Petre et moi nous donnons rendez-vous à Paris et nous gratifie d'une invitation à venir dîner chez eux. Argument imparable, Luminişa sait faire les papanaşi et nous promet même la recette.

    Sur le chemin du retour, nous stoppons une dernière fois pour acheter quelques céramiques au bord de la route. Le repas du soir est léger, bouillon et légumes, ça nous repose l'estomac . Nous nous couchons la tête pleine des sourires irrésistibles d'Elisabeta et de cette nouvelle journée riche en rencontres humaines inoubliables.