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2yeux2oreilles - Page 152

  • Carca - Port la Nlle - Collioure

    Un train de nuit, une dame qui ronfle en-dessous de moi. Le bruit de la pluie qui bat les fenêtres et le doux ronronnement du train. Sur le qui-vive, je réussis tout de même à dormir ... 4 heures.

    Carcassonne ? Un hasard. 

    Un accueil particulièrement sympathique à l'hôtel "Le Terminus". Dans la rue, les filles sont brunes et mates. Les viennoiseries énormes. Les abricots du marché mouchetés de taches de rousseur. Au hasard de nos flâneries, nous entrons dans un ancien couvent ou sont exposés des peintures. Une femme blonde, un ruban dans les cheveux, nous raconte avec passion chacun de ses tableaux. Ici, une scène de corrida qui me rappelle mon week-end pascal en Arles, là des portraits de femmes dont Scarlett, et puis des intérieurs, des cafés parisiens, des paysages, l'atelier de Chantal Thomass. C'est varié, coloré, imparfait. J'aime. Jany est astygmate, du coup, certaines lignes sont bancales. Elle donne bénévolement des cours de peinture. Pour les portraits, il faut laisser la place d'un 3ème oeil, conseille-t-elle.

    Le lendemain, montée à "la cité". Devant un monument, il m'attend. M. ne me connaît pas encore mais moi, je reconnais la bouche, le sourire. Seule la tignasse est bien plus fournie que les cheveux ras de son frère. M. nous entraîne dans les lisses et nous conte la construction de la forteresse. Au loin, la Montagne Noire, ainsi nommée à cause de sa richesse en minerais. Une mine d'or l'a fortement polluée. J'aime visiter les villes avec des gens qui les aiment. Comme avec Boby, en Arles. Il propose de nous emmener le lendemain aux châteaux de Lastours, un des plus beaux site de châteaux cathares. Un passage dans une boutique de gâteaux, une glace à la figue et au calisson, quelques longueurs dans la piscine - froide - de l'hôtel.

    9h10, notre guide nous attend. Le long de la route, des pancartes. "Assez de cancers dans la vallée, non à Lassac". M. explique qu'un centre d'enfouissement des ordures va être installé dans cette vallée qui a déjà souffert de la pollution causée par la mine d'or. Le paysage est pourtant verdoyant et bucolique à souhait. En bas, une rivière, l'Orbiel. Avec les géraniums, ça me rappelle les villages de Forêt-Noire. La grimpette jusqu'aux châteaux est ardue. La vue de là-haut magnifique. Je m'amuse de la silhouette si familière de M. Même sveltesse et même démarche que son frère. Des figuiers sur le chemin et à flanc de montagne, des gradins pour les spectacles son & lumière de l'été.

    Vers 11h, nous prenons l'autoroute des deux mers. Sur la route qui mène à la plage, je reconnais un square. Le restaurant de ses parents a changé de nom, forcément. Sur le parking de la plage de Port la Nouvelle, elle m'attend, avec son petit garçon. Mêmes yeux incroyablement bleus, même sourire timide. Ma plus vieille copine, connue en Allemagne. Souvenir de dînettes à base de fourmis et de boue. De bastons aussi. D'après-midi entiers à jouer dans la neige. On déjeune de crustacés et de poissons grillés au restaurant "La Palmeraie". Un beau moment. Simple et vrai.

    Sur la route qui file vers les Pyrénées, j'avise au dernier moment la sortie vers Canet. Hésitation un quart de seconde à m'engouffrer entre les camions. Je rate la sortie. Tant pis. Esperanza qui s'est endormie ne s'en est pas rendue compte.

    Des boutiques d'anchois. J'adore ça ! Nous descendons vers le village de Collioure, sur les conseils de M. 

    Des couleurs chaudes comme j'aime. Un beau soleil. Des galeries de peinture. Je prend chaque rue en photo. Aborde une  dame aux cheveux blancs avec laquelle je papote quelques instants. Je ne peux pas m'empêcher de parler aux gens. Elle fait mine de s'étonner que je trouve le village magnifique et dit "Pourtant, je ne suis pas chauvine, je ne suis pas originaire de Collioure. Je suis bretonne. C'est mon mari qui était catalan". Elle vit dans une maison étroite, en face d'un oranger. Des bougainvillés, des figuiers, encore, de jolies balustrades ciselées, des vêtements qui sèchent aux fenêtres. Sur la plage, en terrasse, je renverse un peu mon Perrier-menthe. Envie les baigneurs, dommage que je n'aie pas mon maillot, j'aurais nagé. Ecoute d'une oreille distraite des bribes de conversation saisies ça et là. Somnole. C'est beau, paisible, je suis bien.

    Au péage de Carcassonne, nous appelons M. qui nous emmène dîner chez lui. Je rencontre 2 jeunes filles que je connaissais déjà, par leur oncle. Elle s'amusent que je sache tant de choses d'elles. Sous le sourire timide, les joues rosissent, flattées.

    La pluie commence à tomber. Il faut croire que le soleil repart avec nous. A 23h30, le train pour Paris est là. Je dors pratiquement tout le long du trajet. Mord dans un croissant au beurre tout frais sur le chemin vers la maison. 

  • Les gorges d'Aradena - jour 5

    [Pour vous (nous) faire rêver un peu par ce temps maussade, je continue le récit de mes vacances, le mois dernier, en Crète]

    Ce matin-là, nous sommes une dizaine à partir pour une journée de randonnée dans les gorges d'Aradéna, au sud du pays.

    Moins touristiques que Samaria, mais tout aussi spectaculaires (et plus sauvages), on y croise bien moins de monde. les gorges de Samaria voient défiler jusqu'à 1500 visiteurs par jour.

    Constance me réveille vers 7h30. On a tous un peu la tête dans le c.. après la soirée de la veille, à Chania. Dans le bus, le guide, un beau crétois, se présente et voyant nos mines froissées, nous laisse finir notre nuit. J'ai bien dormi malgré les virages ...

    Arrivés à l'entrée du village d'Aradena, nous nous dégourdissons un peu les jambes, avant d'attaquer la descente, en buvant un mauvais (Nes)café dans une cahute au bord de la route.

    Notre randonnée part du village abandonné d'Aradéna ou l'on peut voir, au milieu des oliviers et du thym qui embaume la montagne, les ruines de maisons traditionnelles crétoises dans lesquelles errent de jolies biquettes. Julien et moi nous paumons en suivant un groupe d'Allemands au lieu du notre. Ça commence bien ...

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    Nous descendons ensuite le lit de la rivière. Nous sommes quasiment seuls, hormis le group d'Allemands croisés plus haut. Je discute randonnées et île de la Réunion avec un couple auquel je n'avais pas parlé jusque là, et qui deviendrons mes "chouchous", Anne-So et Arnaud. Un couple mignon comme tout, lui blond, les cheveux blonds bouclés attachés en queue de cheval, elle un visage enfantin et un sourire craquant. Quand je lui dis qu'ils sont un jeune couple mignon, elle me répond que ça fait 14 ans qu'ils sont ensemble ! Ils ont l'air tellement amoureux que je n'aurais jamais cru avoir affaire à un "vieux" couple. Comme quoi, on peut se connaître depuis des années et avoir toujours des étoiles dans les yeux en regardant l'autre.

    La descente des gorges est raide pour les genoux, les couleurs ocres des falaises ferrugineuses très belles. Vous nous voyez, là, tout petits dans cette immensité rocheuse ?

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    On trouve beaucoup de lauriers roses, car c'est la saison de leur floraison.  Notre guide, armé de bâtons de marche, nous raconte - en anglais - la naissance des gorges, et de la Crète. L'île fut longtemps sous l'eau et reliée à l'Afrique. En témoignent les squelettes de lion et même d'éléphants retrouvés dans des grottes. Il nous met en garde contre les chutes de pierres, très fréquentes. Et pas seulement. En effet, sur le chemin, nous croisons les cadavres séchés de nombreuses biquettes qui ont fait le saut de l'ange.

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    Nous débouchons sur la plage de Marmara ou il n'y a qu'une taverne et des maisonnettes blanches, louées aux touristes.  Pas mécontents de voir du bleu après ces 5 heures de marche dans une gorge encaissée. Au total, nous avons descendu 750 mètres. La plage de Marmara n'est accessible que par bateau ou à pied. Ça doit être bien sympa de venir se ressourcer quelques jours dans ce bout du monde. Affamés, nous nous attablons sur la terrasse en bois de la taverne. J'ai une vue de rêve sur la plage et les eaux turquoises de la mer de Libye, laquelle n'est qu'à 200 kms de nous. Un bout de paradis, on se croirait dans les Caraïbes. Vous voulez des preuves ? Vous êtes sûrs de vouloir vous infliger un tel supplice en ce moment, avec la météo pluvieuse qui sévit sur la France ? Ok, suffisait de demander ...

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    Z'avez vu ? De la balle, non ? Je suis même assortie à la couleur de l'eau ... Maintenant, vous me détestez, je sais ...

    Après un repas fort plaisant, rafraîchi par la brise, nous suivons un sentier côtier pendant environ une heure jusqu'au village de Loutro ou je me désaltère d'une Mythos (j'en rêvais!) tandis que Delphine m'apprend à jouer au tavli (backgammon local, très prisé des Crétois).

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    Notre ferry arrive, nous montons à bord, rejoignons notre car. Sur le trajet du retour, de nouveau, pas un bruit. Tout le monde dort. 

    Si vous souhaitez faire la randonnée, elle est décrite en sens inverse (ce qui est bien moins difficile) ici.

  • Oumar Thiam

    1291611568.jpgVous vous souvenez de ce choc que j'avais ressenti en entendant un musicien sierra léonais sur la ligne 6 du métro, il y a un peu plus d’un an ? Pendant les quelques minutes de sa chanson, "Children in the sun", il avait subjugué tout le wagon.  

    Bouleversée par sa voix, j’avais cherché sa trace, en vain, sur internet et écrit un billet [lien] sur lui, que Céleste, Arno, Malaika et Aïn avaient commenté.

    Imaginez alors mon émotion et ma joie lorsqu’hier, parcourant la liste des concerts, j’ai lu ces mots dans la section « World Musique » de Paris Obs :

    « Parcours fulgurant que celui de ce jeune Sierra-Léonais, passé en peu de temps des couloirs du métro à l’Olympia grâce à sa guitare folk et son blues africain, entre Keziah Jones et Daby Touré ».

    Mon cœur a bondi de joie et je me suis écriée « C’est lui, j’en suis sûre !!! » dans le RER bondé. Et ce matin, première chose en arrivant, je tape son nom sur Myspace et je retrouve la chanson qu’il avait chantée ce jour-là, « Children in the sun ». Pour l'écouter en live, c'est ici. Il s'appelle Oumar Thiam et a conquis de grandes pointures comme Youssou N'Dour et Akhénaton, ex-IAM.

    Je suis heureuse pour lui à un point que vous ne pouvez pas imaginer !

    Le rayon de soleil qu’Oumar a balancé dans mon wagon, ce soir-là, redonnant à tous les voyageurs des yeux d’enfants émerveillés, s’est transformé en une belle histoire. Et moi, quand la vie me donne de belles émotions comme ce jour-là, je recommence à croire aux contes de fée !

    PS 1 : Je viens de le rater à l’Entrepôt, c’est trop con, mais j’irai l’écouter dès que possible

    PS 2 : Décidément, je l’aime vraiment, mon métro parisien !

  • C., ou la solitude

    free music

    « Elle n’est pas jolie mais elle a du charme », entend-on souvent. C. n’a ni l’un ni l’autre.  

    Ses cheveux sont mi-longs, d’un blond cendré, sur des racines noires. D’épais sourcils noirs durcissent son visage et quand on s’approche d’elle, on distingue nettement une moustache et des poils épars, aussi noirs que ses sourcils, sur son menton.

    Ses tenues sont provocantes, vulgaires même, et ses rondeurs boudinées dans des vêtements trop étriqués. Elle « cherche » visiblement un homme et flirte ouvertement avec les mâles du groupe. Certains esquivent, gênés, d’autres s’en amusent. Aucun n’est flatté. Les filles qui se croient plus jolies se moquent.     

    Même le soleil ne l’aime pas. Il l’a mordue, infligeant de vilaines traces rouges sur sa peau désespérément blanche. Elle s’en protège désormais en appliquant sur son visage une pâte verdâtre, ramenée de Birmanie. Efficace, visiblement, mais moche.

    Elle ne dégage ni féminité, ni douceur, malgré tous ses efforts. Même son accent, pourtant exotique, est rugueux comme du papier de verre. C. n’aime pas son prochain, et il le lui rend bien. Ou alors c’est l’inverse.

    Au fur et à mesure des jours, les chaises se vident autour d’elle. Quand elle parle, je surprends des sourires goguenards et des mimiques agacées. Deux petites connasses dédiées au culte du corps et du bronzage en cabine ne se gênent pas pour se moquer ouvertement d’elle. La nature humaine est riche d’enseignements.

    Sur la piste de danse d’un club quelconque, seule au milieu du groupe, elle danse étrangement, en sautillant. J’aime bien la regarder danser, elle a le rythme. C’est le seul moment où, les yeux fermés, un sourire à peine perceptible sur les lèvres, elle semble un peu heureuse. Un garçon, le crooner du groupe, beau brun aux yeux verts, allumeur, s’approche et se frotte à elle. Je les regarde et mes sentiments oscillent entre gêne, pitié et agacement. Agacement parce que je sais qu’il la méprise et j’ai peur qu’il ne s’amuse à ses dépens. Une fille du groupe, par ailleurs adorable, se penche vers moi et dit « Le sein de C. ne va pas tarder à jaillir de son tee-shirt… ».

    Je reste songeuse. M., avec laquelle je bois un verre, observe aussi la scène. La conversation dévie sur C., et plus généralement sur la bêtise et la méchanceté des gens qui préjugent de l’intelligence d’autrui.  

    C. parle fort et rit souvent, aux éclats même. Un rire forcé, en totale contradiction avec ses yeux bruns inexpressifs. C’est ce regard qui m’a fait entrevoir des blessures secrètes ; il est vide de toute émotion, comme celui que promènent sur le monde les êtres qui ont trop souffert.

    C. vient d’un pays issu de l’ancien empire soviétique. Quand j’ai demandé ce qui l’avait amenée en France, elle a répondu presque sèchement « des raisons personnelles ».

    Un soir, dans le restaurant d’un port animé, nous sommes assises à la même table. Elle a bu, un peu trop, elle est euphorique et parle fort. Un musicien s’approche et nous ayant identifiés, commence à jouer sur son accordéon, « La vie en rose » et autres standards des répertoires français et anglo-saxons. C. commence à chanter, en français et en anglais. Sa voix est belle et je m’étonne de sa connaissance de notre répertoire après seulement 7 ans en France.

    Le musicien se plante alors devant elle et entame « Le temps des fleurs ». Vous savez, cette chanson dont nous connaissons tous la reprise, en français, de Dalida. Je fredonne doucement « C’était le temps des fleurs, on ignorait la peur, les lendemains avaient un goût de miel … ».

    Soudain, la voix de C. enfle et accompagne l’accordéon de mots inconnus. Dans une langue magnifique, mystérieuse et difficile à apprivoiser, elle redonne son origine à cette chanson traditionnelle russe, « Dorogoï dlinnoyu »,comme le fit Ivan Rebroff [lien] à la fin des années 60.

    C. chante, le regard soudain perdu dans un monde appartenant au passé. Elle regarde droit devant elle mais ne me voit plus. Elle a oublié les regards moqueurs et les rires sous cape de ceux qui la raillent et qui n’ont jamais connu l’exil. Le cœur serré par la mélodie triste et sa voix qui pleure la terre natale, je vois son sourire disparaître et ses yeux se brouiller.

    Et moi, la fille de nulle part et de partout à la fois, attachée à aucune terre et amoureuse de toutes, je suis bouleversée, comme à chaque fois que je perçois la tristesse d'un exilé, et je la trouve belle.

  • Coups de coeur

    Après les coups de gueule et loin des coups de blues, mes derniers coups de cœur musicaux :

    "Tu l'aimeras" de Spleen, à écouter ici [lien], hip hop folk sensuel, découvert en 206 sur la compil "FNAC Indétendances". J'aime sa voix éraillée sur cette complainte douloureuse de l'homme abandonné pour un autre.

    "C'est bien t'as l'air heureuse hein?
    épanouie du haut de tes trente glorieuses.
    J'te vois porter ton regard sur lui
    Comme celui que j'ai connu autrefois."
     

    Un peu dég', je suis, car j'ai raté la Nuit Zébrée [lien] de vendredi dernier, où il passait en concert à la Bellevilloise [lien]. A l'écoute du concert, en live sur radio Nova, quelque chose m'a dit que l'ambiance sur scène aurait plu à Tonnegrande.

    Et puis, Absynthe Minded [lien], un groupe belge flamand. C'est un des groupes préférés d’Arno (non, pas toi !) et quelque chose me dit que ça plairait à M. Poireau [lien]. J’écoute « My heroics part One » en boucle mais j'aime beaucoup aussi les autres morceaux, notamment le violon (encore!) très "Djangoesque" sur "Pretty Horny Flow".

    "Isn't it always so?
    the story is unfold, at least
    you got a different role
    and now you gotta quit the scene"

    Leur site et les dates de leurs concerts (veinards, ces belges !...), c'est  [lien]. Mag, Francouas et autres mangeurs de frites, vous connaissez ?

    Et enfin, un inconnu (pour moi, en tout cas), que j’ai découvert au hasard de vagabondages sur « My Space Music » : EDI [lien]. J’aime son rap posé qui m’emmène « A la recherche du bonheur » et la mélodie triste de « Ecchymose ».