
Surtout quand je suis à Lille avec ma nièce chérie ... Également au menu de ce dimanche de Carême : barquette de frites !
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[Suite de ce billet]
En me quittant, ma potentielle future N+2 avait promis de me recontacter mi-septembre. Après une relance, la DRH m’appelle et propose un entretien par visioconférence début octobre. S’ensuit un test de personnalité, que je complète dans la foulée, puis un long debrief téléphonique au cours duquel la DRH confirme que ma personnalité correspond au profil du consultant et valide ma candidature.
Ensuite, plus rien entre le 15 octobre et le 7 novembre, date à laquelle je reçois l’appel tant attendu : ma N+2 confirme mon embauche et mon salaire, et propose que je démarre début janvier. Notez qu’il s’est écoulé 3 mois depuis notre premier entretien et surtout qu’il me reste un peu plus d’1 mois pour rompre ma période d’essai avant de passer en CDI, avec 3 mois de préavis. Ma future N+2 me rassure : je devrais recevoir le contrat d’ici 1 semaine. Devant être en Thaïlande à ce moment-là, je lui demande de me le faire parvenir par mail afin que je puisse le lui retourner et poster ma démission immédiatement. Je lui avais déjà dit que, dans la mesure du possible, je ne voulais pas planter ma boite au dernier moment et elle avait loué ma conscience professionnelle.
Je raccroche, ravie et libérée d’un poids que je traîne depuis des mois : je vais quitter cette boîte de merde ! J’appelle ceux de mes ex-collègues qui sont dans la confidence, mes amis, ma famille et tout le monde est content que je me sois tirée de ce nid de guêpes. Il s’en est fallu de peu …
Même si je refuse de considérer cette expérience comme inutile car j’ai appris des choses, j’ai quand même perdu presque 8 mois de ma vie à essayer de maitriser un logiciel dont je ne me servirai plus jamais. Et surtout, ma considération pour les employeurs français en a – encore – pris un coup. Ce sera bien la première fois, en plus de 20 ans de carrière, que je mettrai fin à une période d’essai. Ce n’est pas que les mauvaises expériences aient manqué jusqu’ici, mais plutôt la confiance en l’avenir et l’assurance en moi-même, qui ne me font désormais plus défaut. Visiblement, toutes deux ont augmenté en même temps que diminuait ma tolérance aux cons.
PS : Nicolas, c'est assez court pou toi ? J'ai élagué !
C’était hier matin. En route pour la piscine du Kremlin-Bicêtre, je pose mon vélib’ devant la Vache Noire (un centre commercial, pour ceux qui ne connaissent pas) et me dirige vers l’arrêt du bus 123, où on annonce 5 minutes d’attente. Je m’abandonne avec plaisir au soleil qui tente une timide percée. A ma gauche, un monsieur bedonnant, visiblement nerveux, scrute le lointain, main en visière.
« Vous attendez le 123 ? demande-t-il, au bout de quelques minutes. »
J’acquiesce.
« Il passe régulièrement ?
- Il est annoncé dans 4 minutes, dis-je, en me penchant pour vérifier l’affichage électronique.
- Ah, je n’avais pas vu ! Je ne suis pas d’ici. »
Il commence à me raconter ses malheurs. Débarqué du RER B à cause d’un incident voyageur puis descendu d’un bus rempli de voyageurs très tendus, à l’atmosphère bagarreuse, il est venu à pied de Bagneux et a raté son train à Austerlitz.
« Sacrée trotte, depuis Bagneux ! lui dis-je.
- Oui, surtout que j’ai une patte folle, dit-il en désignant sa jambe. Je crois que j’ai un train vers 13h, je voudrais bien ne pas le rater !
- Vous voulez que je regarde à quelle heure est le prochain train ? dis-je en dégainant mon téléphone.
Le prochain train pour Limoges est à 11h42, ça devrait être jouable. Je m’étonne qu’il ait choisi le bus comme moyen de locomotion pour rejoindre Austerlitz.
« C’est que je suis ancien cheminot, dit-il, et qu’avec le RER j’ai mes repères. »
Il me raconte qu’il vient à Paris pour se détendre, ce qui me fait rire. Sa compagne habite Bagneux.
Nous montons ensemble dans le bus. Il montre à un chauffeur blasé le bon de retard que lui ont fait les agents, pour ne pas payer le ticket de bus, et s’installe à côté de moi.
« C’est bien, vous les jeunes vous savez vous servir de ces choses-là, dit-il en désignant mon téléphone.
- Les jeunes, les jeunes … dis-je en souriant.
- Moi j’ai 80 ans, je suis un vieux par rapport à vous.
- Ça c’est sûr, mais pour les jeunes, moi je suis une vieille !
Il me raconte ses 8 petits-enfants, et le peu de temps qu’il lui reste pour prendre du bon temps, entre visites à la famille et rendez-vous médicaux.
« Faut pas croire, on est débordés en retraite !
- Ah ben merde, moi qui espérais enfin buller, ça m’inquiète, ce que vous me dîtes !
Une dame africaine décide de prendre part à nos échanges animés, tant et si bien que je manque rater l’arrêt.
- Hé mais c’est là que je descends, moi ! dis-je en bondissant, avant de tendre la main au vieux monsieur.
Et oui, c'est aujourd'hui et ça veut dire qu’il me reste la moitié du Carême à accomplir. Je vous rappelle mon régime depuis 20 jours : un repas toutes les 24 heures (le soir) et suppression de toute graisse animale (viande, lait, fromage, beurre) et excitants (alcool, café, thé, hommes). Je dois en être à 3 litres d’eau par jour à ce stade. En revanche, l’eau à si grandes doses c’est vite lassant, alors maintenant je l’allonge de pastis l’équivalent Franprix du Pulco citron (parce que dans le Pulco, il y a du sucre).
Je vous imagine déjà, en lecteurs bienveillants que vous êtes, inquiets : « Quoi, not’Fiso, l’épicurienne, privée de barbaque et desserts, et réduite à un repas par jour ? Mais elle doit dépérir !! » . C’est pourquoi j’écris ce billet afin de vous rassurer : oui, je fais toujours le Carême et non, je ne suis pas en dépression nerveuse. Bien au contraire.
Je me sens dans une forme que je n’ai pas connue depuis bien longtemps. Je suis alerte comme jamais et tout au long de la journée : finis les habituelles baisses d’attention dues aux phases de digestion. Du coup, après une première semaine régie par la prudence, je me suis remise au saut à la corde, en plus de mes 7 kms quotidiens à vélo pour aller bosser.
Et mon estomac, comment il va ? Il doit être touuuuuuuuut petit ! J’ai très rapidement perdu l’appétit et ne ressens aucune frustration dans la journée ; je mets même ma volonté à double épreuve puisque j’accompagne mes collègues, que j’adore, à la cafétéria et les regarde manger.
Le soir, je casse mon jeûne par quelques fruits secs et m’attable sans impatience. Je pourrais même ne pas manger. Le plus drôle c’est que quand je suis chez moi, je passe mes soirées à cuisiner ! C’est très étrange mais être privée de nourriture m’a redonné le goût de cuisiner. Au hasard de mes recherches de recettes sans viande, j’ai ainsi découvert le bobo aux crevettes, un plat brésilien au manioc, lait de coco et tomates, très savoureux. Hier soir, j’ai cuit des petits gâteaux à la patate douce, que j’ai ramenées à mes collègues ravis ce matin. La semaine dernière, ils ont eu droit à des madeleines.
Outre cette envie retrouvée de cuisiner, le Carême a été l’occasion de surprises biologiques. Ben oui, parce que forcément, le corps réagit : au bout de quelques jours, des urines quasi-transparentes (car débarrassées des toxines) puis un arrêt complet des selles. D’abord un peu inquiète, j’ai vérifié sur internet que ces symptômes étaient normaux. Aux dires de ma mère, j’ai un teint superbe (autre effet du décrassage). Et enfin, un sommeil serein et profond (merci Sleep As Android). Je sais, c’est pas très intéressant pour vous, mais ça pourrait l’être pour ceux qui, comme moi, se poseraient des questions et trouveraient la réponse ici.
Depuis quelques jours, la gourmandise a refait son apparition mais pas la faim. Il parait que le retour de la faim est le signe, lors d’un jeûne, que l’on peut revenir à une alimentation normale. Finalement, tout est si simple …
Et la suite ? Et bien, il est désormais clair que cette expérience, que je pensais ponctuelle, va changer ma façon de me nourrir. Le sentiment de liberté, que de nombreux jeûneurs vantent et qui me restait un mystère, je le connais maintenant. Je me sens tellement bien et libre (car en manque de rien) que je n’ai aucune envie de reprendre mes mauvaises habitudes. Ma consommation de café, que je buvais par habitude plus que par réel plaisir (pause=café), va prendre une sacrée baffe : je pense que je la réserverai désormais aux weekends. Obligée de zapper la caféine et théine au petit déjeuner du dimanche, j’ai découvert une boisson au malt et cacao, que je bois avec du lait de soja, et c’est délicieux (en plus d’apporter 25% des besoins journaliers en magnésium). Après le Carême, je pourrais bien tomber en mode régressif et me remettre à l’Ovomaltine, que j’adorais étant gamine. Quand au petit verre de vin qui accompagnait systématiquement mes nombreux diners à l’extérieur, il pourrait bien ne plus être systématique.
A partir du 21 avril, je pense que je vais, à de rares exceptions (déjeuner à l’extérieur avec des clients ou mes collègues), continuer à sauter le repas du midi. Je prendrai un petit-déj léger au bureau (ou pas) et un repas le soir, et ce sera tout.
La composition de mes repas va changer aussi. J’ai réintégré les légumes secs et céréales complètes dans mon alimentation (je n’ai pas mangé une seule fois des pâtes en 20 jours). J’ai découvert de délicieuses recettes végétariennes où le tofu, par exemple, remplace la viande sans ôter le côté gourmand (le chili sin carne, par exemple).
Seul bémol : il se pourrait bien qu’à l’issue de ces 40 jours, j’aie à refaire une grande partie de ma garde-robe. C’est la Croix-Rouge qui va être contente.
Vous me croyiez au pain sec et à l’eau ? Vous rigolez des genoux ou quoi ?
Contrairement à ce que j’avais imaginé avant le Carême, cette expérience ne m’a pas coupée de toute vie sociale, bien au contraire. Je suis presque chaque soir au restaurant ! D’abord parce que, tant qu’à ne manger qu’une fois par jour, j’ai vraiment envie de partager ce moment de plaisir. Diner devant ma télé toute seule comme une conne serait, pour le coup, une vraie pénitence. Ensuite parce que je manque d’imagination dans la façon de cuisiner le poisson de façon gourmande. Donc, je vais au resto et je me régale de poisson, comme vous allez le constater.
D’abord le restaurant Les Voiles, trouvé par hasard sur La Fourchette alors que je recherchais un bon restaurant de poissons.
Un très bel endroit, à quelques encablures de Charles de Gaulle-Etoile. A l’entrée, on vous débarrasse fort courtoisement de manteaux et sacoches d’ordinateur avant de vous conduire dans un grand espace divisé en plusieurs ambiances. Les tables y sont très espacées, visiblement le patron ne fait pas la course à la rentabilité. On nous a donné une jolie table ronde dans la salle où un feu de cheminée flambait joyeusement. La décoration est particulièrement cosy. J’ai eu bien envie, après le repas, de me caler dans le très beau canapé en cuir qui lui faisait face …
Après une soupe de poissons de roche fort goûtue, j’ai choisi le poisson du jour, une sole entière dont je me suis, inutile de le préciser, régalée. Mes compagnons de table ont tous deux choisi le Breizh Burger : un pain boulanger fourré de bar et champignons au beurre blanc. J’ai zappé le dessert, évidemment, et eux ont choisi une crème au chocolat avec sorbet cacao et 4 jolies madeleines moelleuses. Je reviendrai sans aucun doute dans cet endroit idéal pour un diner intimiste, où le service n’a rien à envier à la qualité des mets. De plus, le patron met à l'honneur son chef africain et ça, je dis chapeau !
Scusez le peu de qualité des photos, qui ne rendent pas hommage à la beauté des plats, mais l'éclairage tamisé, ça n'aide pas et je n'utilise jamais de flash au restaurant pour ne pas incommoder les dîneurs.
Jeudi soir, j’ai rejoint mes anciens collègues adorés pour un poisson yassa à L’équateur, un restaurant africain de la rue Saint-Maur. Du coup, j’ai remis le nez dans mon bouquin de recettes africaines. Samedi, j’étais la première (tellement rare que je me fais le plaisir de le souligner) au 6 Paul Bert , où je dinais avec Gi et ma belle Suissesse. J’ai eu une pointe d’inquiétude en découvrant qu’il n’y avait pas de carte mais un menu unique à 44€, qui propose une entrée, 2 plats (un de viande et un de poisson) et un dessert. En entrée, j’ai choisi un carpaccio de sar, pamplemousse grillé, radis et fenouil, le pamplemousse grillé s’avérant être une purée de pamplemousse. Fort heureusement, la serveuse m’a accommodée en me proposant un deuxième plat de poisson en remplacement du plat de viande (n’empêche, j’aurais bien fait sa fête au carré de petit cochon, endives, babeurre et panais). J’ai donc démarré sur une barbue rôtie, écrasé de potiron, coques et oignon fumé et poursuivi sur un tronçon fondant de poulpe de Saint Jean de Luz, poireaux et ail rôti (en haut sur la photo).
En dessert, je n’avais pas vraiment le choix : poire grillée, mousse de caramel, glace au pain. J’ai échangé ma glace au pain contre le sorbet à la betterave de ma belle Suissesse qui avait choisi (voir photo)une ganache et fondant chocolat, sorbet betterave et mûres sauvages (et dures, visiblement). Encore une excellente adresse. Le menu n’est pas donné mais la qualité et les saveurs sont bien là.
Et ce soir, je vais Chez Casimir, restaurant breton iodé où je ne regretterai que le fabuleux plateau de fromages. Vous voyez, tout va bien.
PS : C'est le bordel dans la police de mon billet, désolée les amis.