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2yeux2oreilles - Page 222

  • Abolition

    Aujourd'hui s'est terminé à Paris le 3ème congrès mondial contre la peine de mort.

    Jeudi soir, après ma journée de formation, j'ai rejoint la Cité Internationale Universitaire où avait débuté la première de ces 3 journées. J'arrivai vers 19h10 pour assister à une conférence débat sur "Les voies de l'abolition en Afrique du Nord et au Moyen-Orient" en présence, entre autres, de Tariq Ramadan. Celui-ci justifiait sa lutte pour l'abolition par plusieurs arguments, l'un d'eux était "son application en proiorité aux pauvres et aux femmes". Mais M. Ramadan mettait aussi en garde contre une approche maladroite. "Quand on s'adresse au monde musulman sur des questions de principe et de droits humains, on renvoie à l'image de l' Occident. Il faut faire preuve d'empathie avec l'univers intellectuel de l'autre. Pas d'arrogance, pas de clivage pays développés / pays sous-développés". Tariq Ramadan disait aussi qu'il était "inadmissible que les USA donnent des leçons de droits humains à quelque pays que ce soit dans le monde" et que "la voix de l'Occident ne serait pas entendue dans les pays musulmans tant qu'il y aurait incohérence occidentale : on se tait quand le pays est riche (Chine) et on crritique lorsque celui-ci est pauvre (Nigeria)".

    Le débat se terminait sur des prévisions optimistes. Partout, les abolitionnaistes gagnent du terrain. En octobre dernier, le Rwanda a proposé de supprimer la peine capitale du code pénal national. Si ce projet se concrétise, le Rwanda sera le premier pays à abiolir le châtiment suprême dans la région des Grands Lacs. En 1863, le Venezuela est le premier Etat moderne à formellement abolir la peine de mort. Depuis 2000, on trouve parmi les pays à avoir aboli la peine de mort : le Tadjikistan, l'Arménie, le Chili, la Côte d'Ivoire, le Liberia, les Philippines. En revanche, j'ai eu la surprise de découvrir que la peine de mort était toujours appliquée dans de nombreux pays des Caraïbes (Jamaïque, Barbade, Antigua, Sainte Lucie etc.) au Bélize et au Japon.

    La 2ème partie de soirée "Paroles d'anciens condamnés à mort et de victimes" était poignante. Plusieurs condamnés à mort innocentés témoignaient. Un japonais, aujourd'hui âgé de 79 ans, qui a passé 34 ans de sa vie dans les couloirs de la mort avant d'être libéré et qui a assisté à l'éxécution de vieillards en chaise roulante. Un ougandais qui a passé 18 ans en prison pour le meurtre d'un homme qui était bien vivant. Un espagnol condamné à mort aux USA pour un double meurtre, sur la base d'un faux témoignage, et qui a passé 5 ans en prison. Une libanaise qui fut arrêtée et condamnée à mort en représailles aux activités politique de son frère. Mais aussi des familles de victimes de meurtre qui sont contre la peine de mort. J'ai plusieurs fois eu les larmes aux yeux, en particulier en entendant les parents d'une jeune fille tuée dans l'attentat du RER Saint Michel redire leur opposition à la peine de mort.

    Ou encore ce père d'une petite fille de 10 ans, enlevée,  violée et brûlée, qui disait "J'ai toujours été contre la peine de mort. Souvent on m'opposait l'argument suivant "Si c'était votre enfant, vous changeriez d'avis". Aujourd'hui je peux leur dire que je n'ai pas changé d'avis"".

    C'était bouleversant d'entendre ces témoignages pleins de dignité et de sagesse. Je n'ai jamais hésité mais aujourd'hui, je suis plus que jamais déterminée dans mes convictions.

  • Nina


    medium_Nina_Simone.jpgUn jour de juillet 1999, dans mon petit tailleur vert à boutons dorés, je bois un café avec des "coordo" sur le tarmac de Roissy, en attendant que mes passagers embarquent sur le vol Paris-Dublin. On m'annonce une "wheelchair passenger", j'ouvre ma porte arrière pour que sa chaise roulante soit hissée dans le galley. Je suis dans l'allée centrale et je vois une femme noire et âgée, visiblement riche, s'avancer vers moi.

    Cette femme majestueuse au profil reconnaissable entre tous, c'est Nina Simone. De son vrai nom Eunice Wayman, elle s'était rebaptisé en hommage à Simone Signoret, qu'elle admirait.

    Nina Simone, ma toute première grande émotion musicale. Je me souviens précisément de ce jour où, allongée dans ma chambre chez mes parents, j'eus une révélation en écoutant une compil de chanteuses de jazz que je venais d'acheter.

    2 notes de piano et puis, une brise légère et suppliante "Love me, love me, love me, say you do", qui se transforme en vent tropical et enfle sous le souvenir des caresses, "With your kiss my life begins", puis chuchote "Like a leaf clings to a tree, oh my darling, cling to me", le piano s'emballe, la voix monte comme une tormade, puis crie sa soufrrance "Wild is the wind". J'écoutai cette chanson en boucle pendant des heures et à chaque fois, le souffle de Nina, pareil au vent, déclenchait un frisson le log de mon échine. Il y a une forme de recueillement dans sa musique, quelque chose de spirituel qui me bouleverse à chaque écoute. Nina était entrée dans ma vie.

    J'ai hésité qelques minutes, je n'aime pas déranger les gens célèbres qui voyagent. Mais elle !

    J'ai demandé à mes collègues, qui travaillaient à l'avant de l'avion, comme elle était. Elles ne la connaissaient pas, trop jeunes sans doute, mais ont répondu "She's a bitch". Je ne m'attendais pas à une autre réponse, vu le caractère de diva de la dame. Prenant mon courage à deux mains, je m'agenouillait devant elle et lui dis à quel point je l'admirai. Je racontai tout, "Wild is the wind", sa biographie que j'avais dévorée, et son accent si émouvant sur "Ne me quitte pas". Elle comprit au mien que je n'étais pas irlandaise et nous discûtames quelques instants. Elle venait donner un concert à Dublin, parlait fort et lançait de bruyants "Thank you, thank you". Elle insista pour me donner un autographe, que j'ai perdu ensuite, ce n'était pas le plus important.  

    Nina est morte en 2003, non pas sur la terre de ses ancêtres africains, comme elle le souhaitait, mais en France, à Carry le Rouet.

    Combattante de la lberté, elle avait défilé aux côtés de Martin Luther King pour la défense des droits civiques. Malheureuse en amour et en affaires, elle ne s'était jamais pardonné de n'être pas allée voir son père sur son lit de mort.

    "Elle aimait la France et les Français. Je vous demande de ne pas laisser mourir son souvenir. Parlez d'elle, jouez sa musique", a demandé sa fille Lisa Celeste.

  • Poulet korma

    Pour Esperanza, la recette qui l'a faite saliver hier soir (j'ai tous ingrédients s'il t'en manque) :

    20 cl de yaourt nature (plutôt style "velouté")

    1 poulet de 1.5 kg, sans la peau, coupé en 8 morceaux

    2 cuillerées à kfé de curcuma; 3 gousses d'ail pelées et coupées en lamelles; 1 gros oignon, pelé et coupé en rondelles; 1 cuillerée à kfé de gingembre en poudre; 1 bâton de cannelle; 5 clous de girofle; 5 gousses de cardamome; 1 cuil. à soupe de graines de coriandre écrasées; 1 cuil. à kfé de cumin moulu; 1/2 cuil. à kfé de piment de cayenne; 1 cuil. à kfé de sel; 1 1/2 cuil. à soupe de noix de coco râpée; 2 cuil. à kfé d'amandes grillées.

    Passez au mixeur le yaourt, curcuma et 1 gousse d'ail. Mettez le poulet dans un plat creux, nappez-le du mélange et laissez reposer toute une nuit au frais.

    Faites fondre le ghi dans une grande casserole et faites revenir doucement l'oignon et le reste d'ail 4-5 min. Ajoutez les épices, le sel et tournez 3 min.

    Ajoutez le poulet avec sa marinade, la noix de coco et mélangez bien. Couvrez et laissez mijoter 45 minutes. Transférez sur un plat de service chaud et répartissez les amandes avant de servir. A manger avec du riz basmati.

  • Adieu l'abbé

    En cet instant, la France entière rend hommage à l'abbé Pierre. Méfiante à l'égard des religieux de tous bords, j'éprouve beaucoup de tristesse et un immense respect pour cet homme humble; tenace et intègre. Il a côtoyé le luxe et la misère, été témoin des pires injustices qu'il a combattu jusqu'au bout et il a gardé foi en l'humanité.

     

    Il part sous un rayon de soleil, comme pour réchauffer nos coeurs orphelins une dernière fois.

    Respect.

     

  • "My name is Joe"

    medium_My_name_is_Joe.jpgDécidément, j'aime de plus en plus les films de Ken Loach. Après "Sweet sixteen" qui m'avait bien secouée il y a quelques mois, je viens de louer "My name is Joe" à ma bibli municipale. Voici le pitch :

    "Chômeur, alcoolique repenti, Joe trouve son salut en entraînant une équipe de foot calamiteuse et en enchaînant les petits boulots. Sa rencontre avec Sarah, assistante sociale, a de quoi lui redonner goût à la vie. Mais Joe, qui a un grand coeur, s'est promis de tirer l'un de ses joueurs des griffes de la mafia locale."

    Peter Mullan, qui joue ce Joe écorché et sincère, réalise une très grande prestation. Le prix d'interprétation qu'il a raflé à Cannes en 98 était mérité. Un acteur bouleversant de fragilité. C'est à la fois drôle et tragique. C'est ça l'amour de son prochain.